Interview de Franck Gayraud – Président Directeur Général d’Arcure


Interview de Franck Gayraud – Président Directeur Général d’Arcure
Depuis sa création en 2009, Arcure se distingue comme un acteur international pionnier dans l’application de l’intelligence artificielle au traitement d’image pour le secteur industriel. L’entreprise conçoit des solutions innovantes destinées à accroître l’autonomie et la sécurité des engins et robots industriels. Parmi ses réalisations phares, Blaxtair® se distingue comme une technologie avancée de détection des piétons, permettant d’améliorer la sécurité autour des véhicules industriels, y compris dans des conditions extrêmes. Depuis son introduction en bourse en 2019, le spécialiste de l’IA appliqué à l’image affiche un taux de croissance annuel moyen de son chiffre d’affaires de 20% accompagné d’une rentabilité positive depuis 2022
🗸Arcure est entré en bourse 10 ans après sa création. Quelles étapes en termes de structuration et de financement ?
Après la création d’Arcure le 23 décembre 2009, nous avons rapidement trouvé des solutions de financement à travers d’une part l’obtention du Crédit Impôt Recherche (NDLR : 1,5 M€ la première année puis 0,7/0,8 M€ par an) et d’autre part des levées de fonds encadrées par le dispositif TEPA en avril 2010 et en 2011 (NDLR : 0,8 M€ au total). Dix business angels sont ainsi venus financer la phase initiale de développement : l’embauche d’ingénieurs, le prototypage du produit, les premières preuves de concept et les premières démarches commerciales. Pour financer le déploiement industriel, nous avons été accompagnés en 2012 par le fonds de private equity Inocap à hauteur de 2,5 M€. On est alors passé de la phase de prototypage à la phase de production avec la sortie de notre caméra Blaxtair 1. Pour passer à une version améliorée du produit, produire davantage de volumes et accélérer à l’international, nous avons levé environ 5 M€ en 2015 et 2016 auprès de nos actionnaires historiques ainsi que de Siparex qui nous a rejoint à ce moment-là. Quand il s’est agi d’accélérer encore et de lever de nouveaux fonds, la bourse s’est imposée pour pouvoir piloter l’entreprise selon notre propre stratégie et avoir les coudées franches sur certaines décisions stratégiques comme l’implantation aux Etats-Unis.
🗸 Cela fait cinq ans qu’Arcure est coté en bourse, quel est votre retour sur l’opération d’IPO, et comment avez-vous utilisé la bourse ensuite ?
Nous avons découvert une liberté incroyable au moment de l’introduction en bourse. Nous avons pu ouvrir une filiale aux Etats-Unis, comme nous souhaitions le faire depuis de nombreuses années, avons ouvert un bureau en Allemagne et lancé le Blaxtair Origin qui utilise la technologie de « deep learning ». Depuis, nous avons plus que doublé de taille et atteint la rentabilité. En termes de relations investisseurs, l’échange est sain et nous avons suivi une courbe d’apprentissage en prenant conscience qu’une présence constante et une communication professionnelle étaient nécessaires. En juin 2022, nous avons fait une levée de fonds complémentaire dans un contexte post-covid compliqué. Nous avons levé 4 M€ d’obligations convertibles auprès d’Inveready et 2 M€ auprès de certains fonds dont NextStage et du public. Aujourd’hui, comme de nombreuses petites valeurs, nous sommes sollicités pour sortir de bourse, soit pour un adossement industriel, soit pour retourner en private equity. A ce stade, nous étudions chaque proposition d’adossement compte tenu de notre stratégie et des souhaits de nos actionnaires. La deuxième option, quant à elle, n’est pas à l’ordre du jour et nous pensons que le temps des « small caps » reviendra sur le marché parisien.
🗸 Quels sont les leviers de croissance et les ambitions du groupe ?
Nous avons créé le marché de la protection périmétrique des engins par l’intelligence artificielle et ce marché est désormais en croissance exponentielle. Dans ce contexte il y a bien sûr de nouveaux entrants mais la priorité donnée à l’innovation nous permet de rester leaders. Notre recentrage sur les algorithmes et le logiciel va nous éviter de pâtir de la banalisation du matériel en IA. Sur le segment de la sécurité, notre avance en intelligence artificielle nous permet de proposer des fonctions avancées et différenciantes par rapport à la concurrence à bas coût. Le développement produit, porté par les progrès de l’intelligence artificielle générative, nous permet également de travailler sur des solutions de productivité pour nos clients qui devraient profondément élargir notre marché d’origine. Un de nos principaux leviers de croissance est l’adoption de nos solutions d’IA par les constructeurs d’engins pour du montage usine. La demande des utilisateurs d’engins étant désormais là pour les caméras de sécurité intelligentes, les constructeurs souhaitent avoir une solution sur leurs machines. Nous discutons ainsi avec plusieurs d’entre eux, ce qui devrait nous permettre de générer de nouvelles sources de chiffre d’affaires dès 2026. Le périmètre exact de ce qui sera vendu aux constructeurs n’est pas encore défini. Le mix précis entre matériel et logiciel déterminera nos futurs niveaux de chiffre d’affaires et de marge brute. En termes de croissance externe, nous sommes en veille permanente mais n’avons pas identifié d’opportunité spécifique à ce jour.
🗸 Quel message souhaiteriez-vous passer à un dirigeant/actionnaire qui réfléchit à entrer en bourse ?
Une introduction en bourse change la vie par rapport à un soutien par un fonds de private equity car elle donne beaucoup de liberté au dirigeant. Par contre, j’ai tendance à penser qu’il faut aller voir les investisseurs sur les marchés financiers quand on a déjà une certaine taille, sinon la faible liquidité peut limiter leur intérêt. Il faut également le faire quand on est prêt, qu’on s’est organisé en interne et qu’on a été bien formé sur la vie d’une société en bourse et la nécessité de nouer une relation régulière, transparente et saine avec les investisseurs.